Petite plage deviendra grande

Depuis quelques jours j’ai posé mes valises à Goa, plus précisément à Agonda Beach, décrit comme un petit paradis préservé selon le Lonely Planet 2008. Dans le guide, il est écrit que l’on peut loger dans de petites huttes de bambou pour 250 roupies (6 $). Il y a cinq ans, le petit village de pêcheurs ne comptait que quelques guesthouse et représentait un repère idéal pour les voyageurs à la recherche de plages désertes.

À mon arrivée, j’ai constaté que la plage était en effet peu exploitée (ou plutôt peu bétonnée) mais que la rue principale, remplie de boutiques de souvenirs, démontre bien qu’Agonda bouge, et vite. Les huttes ne sont plus à 250 roupies. Les prix ont explosé et, pour loger dans la cabane, il faut maintenant débourser entre 800 et 1200 roupies (entre 20 et 30 $).

J’en ai visité quelques-unes, mais j’ai préféré rester dans un hôtel pour 350 roupies. Au cours d’une de ces visites, je suis tombée sur un commerçant qui mettait la clé sous la porte. En effet, il quittait Agonda à la fin de la semaine. Je voulais visiter une de ces huttes, mais aussitôt il m’a dit : « combien vous voulez payer? ». Je préfère toujours voir avant de négocier, mais comme il m’a expliqué, si j’espérais payer 250 roupies comme c’est écrit dans le guide, ce n’était pas la peine de poursuivre mes recherches.

Petites huttes à 30$ la nuit

Entre vous et moi, la cabane à 30 $ la nuit est la même que celle à 6$. L’extérieur n’est pas sans charme, mais l’intérieur ne vaut pas plus que 6$. Mais comme l’a souligné le propriétaire, le prix des huttes ne reflète que l’explosion des prix des emplacements sur la plage. L’arrivée des touristes a entrainé une inflation et aucun commerçant ne peut vivre dignement sans ajuster le prix des locations en conséquence. Ces prix ont toutefois refroidi le backpacker moyen. « Si au moins le restaurant roulait bien, ça ne serait pas si grave! », a ajouté mon interlocuteur. L’arrivée des touristes a aussi entrainé son lot d’activités. Et en Inde, les Occidentaux aiment le yoga. Le problème? Les centres de yoga nourrissent et logent parfois les touristes. Du coup, les restaurants se vident.

Agonda se développe rapidement et de façon désorganisée à l’image de la cote de Goa. Les Américains ont d’ailleurs annoncé il y a quelques jours leur intention d’investir ce petit état indien, anciennement une colonie portugaise. Ils souhaitent construire des infrastructures pour mieux accueillir les touristes. On parle de cafés sur la plage, mais aussi de centres d’achat, de parcs d’attractions, et même d’une patinoire (!).

Agonda se réveille donc peut-être à temps. Il y a quelques jours le village a sondé ses habitants afin de déterminer si ils souhaitaient développer le tourisme. Si la plupart ce sont montrés favorables, un point est toutefois ressorti : tourisme oui, mais tourisme responsable. Le village s’est montré très préoccupé par le désir de préserver leur milieu naturel et leur identité. Et c’est là tout le défi qui attend le village. Dans 5 ans, Agonda sera soit un petit paradis, soit un de ces endroits vous savez, dès que vous arrivez, vous vous dites « ça devait être tellement bien…il y a 10 ans! »

2 Responses to Petite plage deviendra grande

  1. Ça m’émeut toujours, ce genre de constatation. Quand la machine touristique s’emballe, la vie des villageois change radicalement (avec le meilleur et le pire). Celle des voyageurs aussi…

    • Pas évident en effet. On cherche l’expérience authentique mais l’équilibre est si difficile à préserver. Agonda était la refuge des gens qui trouvait que le village à côté (Palolem) était devenu trop touristique. Ce sera ensuite le tour d’Agonda, et ensuite ce sera un autre village…

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